1914-1924 entre France et Italie : de la Grande Guerre au fascisme : samedi 12 mars 2016, ENS, salle d’Histoire

La troisième rencontre du projet 14-18 entre la France et l’Italie. Les relations culturelles et intellectuelles entre l’Italie et la France dans les années de la Grande Guerre tirera les conclusions des réflexions et des recherches élaborées au cours des deux premières réunions à l’Université de Bologne et à l’Institut français de Florence. Le premier séminaire a essentiellement porté sur l’échange entre les institutions et les centres culturels ainsi qu’entre les intellectuels français et italiens au cours de l’année de la neutralité, alors que le second séminaire est allé au-delà de 1915, en analysant les premières années de la guerre, au moins jusqu’à la rupture politique et sociale qui a eu lieu dans les deux pays en 1917 (crise de l’Union sacrée et crise de Caporetto). La troisième séance élargira la perspective et s’essaiera en même temps à l’analyse et à la synthèse de phénomènes plus larges en embrassant au moins une décennie, entre 1914 et 1924. Il prendra comme point d’arrivée l’année 1924 qui est politiquement importante pour les deux pays, tant sur le plan purement politique qu’intellectuel, les évolutions ultérieures allant bien des égards dans des directions diamétralement opposés : en mai 1924 les élections en France marquent le succès du Cartel des gauches et mettent fin à une période d’hégémonie de la droite Bleu Horizon marquée par un revanchisme dur et à la fermeture à la fois diplomatique et culturelle contre l’Allemagne de Weimar. Une période stimulante s’ouvre dans la culture française, qui s’éloigne de l’engagement moral dans la guerre européenne pour expérimenter de nouvelles formes d’expression intellectuelle et artistique, à partir de la révolution surréaliste, et d’un nouvel examen par des militants et des artistes eu égard de la première fascination pour la révolution russe et le PCF.

L’Italie, en revanche, entre dans une période de conformisme intellectuel, qui ne devient perceptible qu’à partir de 1924. Avec les élections d’avril 1924 et la crise politique et morale qui suit l’assassinat du député social-démocrate Giacomo Matteotti en juin, on assiste à la dernière année de vie de l’Italie libérale avant la construction du régime fasciste. Les détracteurs du régime libéral, les intellectuels et les hommes de science ou de technique (un large éventail qui inclut Gaetano Salvemini et Arrigo Serpieri) cherchent un nouveau chemin, visant à la recherche d’une modernisation réelle du pays, en adhérant à de nouvelles forces et idéaux politiques qui animent et troublent un pays qui sera bientôt divisé entre fascisme et antifascisme. La crise Matteotti, la période restée dans l’histoire comme « l’Aventin de la politique », l’endurance politique de Mussolini en janvier 1925, qui annonce une transformation profonde des institutions centrales et périphériques, imposent aux intellectuels, aux artistes, aux scientifiques et aux universitaires de prendre position face au fascisme. Cette injonction prend forme avec la bipartition des intellectuels entre Manifeste des intellectuels fascistes aux intellectuels de toutes les Nations, rédigé lors d’un congrès à Bologne en mars 1925 sur initiative de Giovanni Gentile, et le contre-Manifeste des intellectuels antifascistes, écrit par Benedetto Croce un mois plus tard.

À partir du milieu des années 1920, un lent rapprochement de la France à l’Allemagne a lieu, grâce au plan d’aide économique américaine Dawes et à l’acceptation de l’Allemagne dans la Société des Nations. La journée d’étude n’a pas l’intention d’examiner les histoires internes des deux pays, mais plutôt voir comment les relations installées en 1914 et renforcées pendant le conflit changent dans la période de l’après guerre, en rapport avec les transformations politiques et avec les idéaux des deux nations. En tant que puissances vainqueurs, France et Italie jouent un rôle-clé dans la fondation et la gestion des institutions culturelles créées et liées à la Société des Nations, telles que la Commission internationale de coopération intellectuelle – qui a Bergson comme premier président à partir de 1922, et les commissions nationales de coopération intellectuelle qui apparaissent en 1923, et l’Institut international de coopération intellectuelle fondé en 1925 et dirigé à Paris par l’ancien fondateur et directeur de 1908 au premier après-guerre de l’Institut culturel français de Florence : Julien Luchaire. Celui-ci a été l’initiateur principal de cette coopération internationale sur la base d’un projet soumis à son retour en France en 1920. Il en va de même de l’Institut international du Cinématographe éducatif qui est institué à Rome en 1928, à partir d’une idée née en France au début des années 1920, immédiatement relayée dans un rapport de juillet 1924 par Luchaire sur « l’emploi du cinématographe dans l’enseignement », et reprise en Italie par la propagande fasciste avec la création de l’Institut LUCE.

Le rétablissement de rapports avec les scientifiques et les universitaires allemands change aussi la relation entre l’Italie et la France dans le domaine des sciences pures et appliquées, ainsi que des techniques de communication. En outre, la violence politique qui secoue l’Italie entre 1919 et 1924, pousse non seulement militants et dirigeants syndicaux et politiques, mais aussi intellectuels et artistes à émigrer vers d’autres pays, principalement en France, en créant une relation intense et une contamination profonde entre les cultures et les arts, notamment visuels, des deux pays, avec de nouveaux accents dans l’expérimentation.

La journée d’étude invite donc les jeunes chercheurs à compléter dans un cadre chronologique plus large ce qui a déjà commencé dans les rencontres précédentes, par l’intégration de nouvelles recherches et de nouvelles approches dans le domaines historiographique, philosophique et artistique, par la confrontation avec les jeunes collègues et professeurs des universités impliquées.

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8 mars 2016
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8 mars 2016
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